Assainissement du marché des oléagineux
Le gouvernement interdit l’importation des huiles alimentaires
C’est par arrêté interministériel 2006-1115 MDEF/MIC/DC/DGDDI/DGCI/DGCE en date du 8 novembre 2006 que le gouvernement vient d’interdire l’importation par les frontières terrestres des huiles alimentaires. Une mesure pour décourager la fraude commerciale qui crée des difficultés aux huileries locales.
Monsieur SEWADE Parfait Patrice, Chargé de Mission de FLUDOR et Porte Parole des Industries Oléagineuses Béninoises répond aux questions des journalistes Béninois
Qu’est-ce que cet arrêté apporte à l’industrie béninoise ?
L’industrie Béninoise d’oléagineux est composée des sociétés FLUDOR BENIN, IBCG et SHB-BOHICON. Elles produisent de l’huile de très grande qualité contrôlée et approuvée par la DANA, par le NAFDAC du Nigeria et autres laboratoires internationaux, qui tous reconnaissent dans les huiles béninoises, de forte qualité nutritionnelle.
Malheureusement, dans un environnement politico-économique défavorable, elles ont constamment été confrontées à une concurrence malsaine et déloyale avec, pour conséquence, des pertes considérables, devenues aujourd’hui insupportables.
La prise de cet arrêté est un acte politique très fort ; il prend d’abord et avant tout en compte l’intérêt des finances publiques de la nation, malmenées par une fraude récurrente; bien sûr, cela aura des effet positifs pour nos entreprises qui n’auront plus à se battre commercialement contre des sociétés dont l’honnêteté n’est pas avérée ; vous le constatez à la lecture de l’extrait du relevé du Conseil des Ministres des 30 et 31 octobre 2006, l’Etat lui-même se méfie ou doute des produits soient disant communautaires, importés au Bénin.
Qu’est-ce que cet arrêté apporte à l’Etat béninois ?
Pour ce qui concerne l’Etat ? je dirais que l’Etat ne peut pas vouloir une chose et son contraire. Les caisses de l’Etat sont vides, d’après de nombreuses informations concordantes et dignes de foi. Il est donc évident que le gouvernement ne pourra pas faire du développement les caisses vides. La SBEE est exsangue, constatez vous même les coupures ; Comment voulez vous rendre la scolarité gratuite dans ces conditions ? Comment voulez vous que nos centres de santé disposent de médicaments dans ces conditions ? Comment voulez vous améliorer la sécurité des biens et des personnes dans ces conditions ? Comment mieux payer nos enseignants, nos magistrats dans ces conditions ?
L’Etat va retrouver toutes ses lettres de noblesse. Il va reprendre en main tout ce qui lui échappait. Pour nous, cet arrêté est l’un des actes forts qui inscrit le pays dans la logique du développement durable. Je vous le disais, on ne peut pas vouloir une chose et son contraire ; l’Etat ne peut pas se développer les caisses vides alors il pose des actes dont le but est d’abord de renflouer les caisses du Trésor Public, spoliées depuis de nombreuses années par les comportements peu honnêtes d’opérateurs économiques.
On sait que ce n’est pas le premier arrêté qui est pris dans le domaine des huiles. Ils ont été tous annulés au bout de quelques semaines, voire quelques jours. N’avez-vous pas de crainte à ce sujet ?
Ce que vous dites est exact mais je viens de vous répondre. On évoluait dans un environnement politico-économique défavorable ce qui explique que tous les arrêtés précédents ont été annulés ou détournés. Alors l’avenir dira dans quel environnement politico-économique ont évolue maintenant.
Cela étant, je voudrais vous rappeler, si besoin en est, le contexte général.
Il faut revenir en 2004. Le Gouvernement du Général Mathieu KEREKOU a, par son Ministre des Finances et de l’Economie, pris une première fois, l’arrêté n° 1357/MFE/DG/SGM/DGDDI/DAR du 08 novembre 2004 pour interdire l’importation, par voie terrestre, des produits prohibés au Nigeria.
Cet arrêté a été abrogé par le même Ministre, après quelques jours d’application, sous la pression de ceux qui sont spécialisés dans un trafic de déclarations douanières erronées ou mensongères.
Un nouveau Ministre des Finances et de l’Economie a ensuite, en 2005, décidé d’interdire l’importation, par voie terrestre des produits oléagineux, par arrêté n° 640/MFE/DC/SGM/DGDDI/DAR du 26 mai 2005.
C’est alors, et dans ces conditions, qu’une société togolaise a sollicité et obtenu auprès de l’UEMOA, en marge des termes du Traité, un agrément spécifique pour son produit.
Ce produit, produit dans des quantités supérieures à la capacité de production de cette société, ce qui tendrait à démontrer que les clauses qui ont motivées la délivrance de cet agrément ne sont pas respectées, comme le constate maintenant le Gouvernement béninois, à cependant, été autorisé à l’importation au Bénin par voie terrestre au titre d’huile dite d’origine communautaire. Il s’agit de l’arrêté n° 1383/MFE/DC/SGM/DGDDI/DAR du 31 octobre 2005.
Puis, en mars 2006, l’arrêté n° 231/MFE/DC/SGM/DGDDI/DAR a encore été pris pour autoriser l’importation des huiles DUOR et PALME D’OR.
Ainsi donc, de novembre 2004 à mars 2006, huit arrêtés différents ont été pris pour interdire puis autoriser l’importation de l’huile par voie terrestre du TOGO vers le Bénin, ce qui montre qu’il n’y avait pas de réelle volonté politique et que les décisions étaient mal maîtrisées par le gouvernement.
Il n’y a rien là, apparemment, qui puisse apaiser des craintes ?
Nous faisons confiance au Président de la République, le Dr BONI YAYI pour la restauration de l’Autorité de l’Etat, la Gouvernance concertée, la lutte contre l’impunité et la corruption. Vous savez, il n’est pas impossible qu’il y aura des brebis galeuses qui voudront bafouer la mesure prise. En tout cas, c’est une « mesure YAYI » et on ne s’amuse pas avec le Président YAYI. Il a déjà montré sa fermeté et son courage. Ceux qui auraient l’envie de manigancer pour faire abroger prématurément cet arrêté, pour une raison ou pour une autre contraire aux intérêts de l’Etat en feront les frais.
D’autre part, comment voulez que le Bénin séduise des investisseurs étrangers si ceux-ci apprennent que rien n’a changé, que nos frontières sont toujours des passoires, que la production locale n’est pas privilégiée, que les services douaniers n’ont pas amélioré leur niveau de performance en la matière?
Le Ministre de l’Industrie et du Commerce a également créé la direction de lutte contre la fraude dont les activités ont déjà commencé. En tout cas, le Ministre Soumanou saura résister aux éventuelles pressions ; Mr Koupaki, son homologue des Finances, également et mieux, il saura donner une impulsion nouvelle à l’ensemble des intervenants à nos frontières.
Ne pensez vous pas que certains vont contourner cette décision ?
Ce que je sais, c’est que le Béninois est têtu. Mais je sais qu’il y a déjà un comité de surveillance des importations qui est mis en place et qui travaille avec les différentes directions de lutte contre la fraude de la douane et du ministère du commerce. Il y a des brigades civiles au niveau des frontières terrestres pour donner toutes informations relatives aux importations des huiles.
Certains importateurs estiment que les industriels locaux n’ont pas la capacité de satisfaire la demande du marché béninois. Qu’en pensez-vous?
Permettez moi de sourire de ces propos fantaisistes. Ces importateurs sont qui ? Quelle technicité ont-ils, en dehors de celle inhérente aux règles du commerce international, pour porter un jugement sur nos capacités de production ? Quelle compétence technique ont-ils pour débattre des capacités de production de nos usines ou pour porter des estimations sur celles-ci ? Ca doit changer, c’est sûr. Dans notre pays, on ne peut plus voir quelqu’un se lever pour dire ou faire n’importe quoi en matière industrielle ou commerciale, au nom de la liberté ou du libéralisme. La compétence, la rigueur et la technicité s’imposent désormais à tous.
Les trois sociétés majeures qui opèrent dans la production des huiles raffinées au Bénin ont une capacité de 80.000 tonnes d’huile raffinée par an. Elles sont donc bel et bien capables de répondre entièrement et totalement à la demande du marché local qui se situe autour de 50.000 tonnes par an. Il suffit de prendre connaissance d’études réalisées par le LARES du professeur John IGUE, ancien ministre. Et permettez moi de vous dire que nous pouvons vendre le surplus au Nigeria avec lequel notre pays à un accord d’exportation des productions “Made in Bénin”.